Le mythe de la vérité absolue, ou comment ne pas chercher de solutions hors de sa zone de confort

J’en ai fait du chemin depuis mon premier chien, grâce aux autres canidés qui sont entrés dans ma vie, grâce aux humains qui les entourent. Autrefois très extrême et catégorique dans mes jugements, je ne savais servir que des discours dogmatiques. Mais aujourd’hui, que l’on parle de respect du chien ou bien d’éducation, je suis persuadée d’avoir désormais une approche plus apaisée et ouverte. Je constate d’ailleurs, que mon quotidien auprès de mes chiens n’a jamais été aussi bon. Nous avons, Némo, Kazu, Leeroy et moi, trouvé un véritable équilibre. Car des réseaux sociaux au terrain, tout a changé pour moi. Entre théorie, et pratique, j’ai fait mon choix.

Plongée dans la théorie…

Il y a quelques années j’ai constaté que j’avais un cruel manque de connaissances canines. Il me manquait une base théorique monstrueuse en termes d’éthologie canine, de nutrition, de gestion du quotidien, de mécanisme d’apprentissage, etc. Heureusement, étant passionnée comme de nombreux propriétaires de chiens, j’ai acheté des livres. Beaucoup, beaucoup de livres. J’en ai une belle collection, comme énormément de gens de chiens. J’ai lu. J’ai dévoré des dizaines d’auteurs, j’étais terriblement inspirée par leurs écrits, et j’aimais encore plus les chiens au fil de mes lectures. J’ai aussi constaté à quel point les diplômes pour évoluer auprès des chiens ou pire, les conseils de vétérinaires et éducateurs d’un autre temps ne m’avaient pas vraiment appris ce qu’était un chien… 

Fatalement, j’ai été prise de culpabilité. J’ai alors cherché à en apprendre encore plus. C’est là que naît ma « rencontre » avec Internet et son réseau d’amoureux du chien. Je commence à explorer des tas de posts Facebook sur divers groupes reliés au chien et plus particulièrement ceux traitants d’éducation.

Je me construisais une bonne base théorique, mais quid de ma pratique ? Les professionnels dont je me suis entourée m’ont vite permis de constater que j’avais certes de bonnes connaissances en matière d’éducation, mais qu’entre lire, aider réellement des gens derrière un clavier et surtout obtenir des résultats concrets avec ma propre famille canine, il y avait un monde.

Tant d’heures perdues sur Facebook

Puis j’ai moi-même répondu à des débats (stériles, avouons-le !) sur Facebook, ahurie derrière mon écran devant “la bêtise” de certaines personnes, incapables de comprendre à quel point ils étaient des tortionnaires s’ils utilisaient la cage/un parc comme moyen de gestion de leur chien, ou pire, qu’ils utilisaient des principes éducatifs que je ne connaissais pas. Alors que moi-même, je ne faisais en réalité rien de bien glorieux en éducation canine. J’étais certes considérée par beaucoup de personnes de mon entourage comme un « puit de connaissances » concernant cette thématique, mais en pratique j’étais bien loin d’obtenir les résultats pourtant tant rêvés.

La vérité, c’est que je passais beaucoup trop de temps en ligne, ou dans les livres, à sur théoriser et pousser les réflexions jusqu’au boutiste, sans me confronter assez à la réalité des choses, du terrain

Mais attention, raisonner de façon rigoureuse est une chose importante, qui permet à beaucoup de propriétaires de changer leur pratique. Tout comme conseiller via Facebook permet d’aider un grand nombre de personnes en besoin. Car une fois de plus, tout est question de manière : est-ce que je suis en train de donner une leçon, ou je cherche à comprendre l’autre ? D’ailleurs je ne regrette pas de mettre investie dans ces échanges virtuels et je le conseille même vivement !

En revanche, ce que je regrette, c’est d’avoir passé trop de temps à le faire par rapport au temps que j’ai consacré (trop tardivement) à la pratique. Parce qu’en réalité, il y a un monde entre la théorie idéaliste de l’éducation canine, et la réalité concrète. Ce que je n’ai pas su comprendre au premier abord, c’est qu’avec les chiens il faut savoir faire beaucoup de compromis, et être prêt à changer. Et qu’un compromis, ou un changement n’est pas nécessairement négatif. Bien au contraire !

Pour finalement être confrontée à la réalité du terrain

Je n’intéressais pas mes chiens.

J’avais peur de sortir la chienne de mon conjoint, Kazu, qui ne pensait qu’à une chose : être partout, sauf près de moi (/nous). Je continuais donc à la promener en longe et à accepter le fait d’être complètement tractée, n’étant pas parvenue avec les méthodes positives que je connaissais pourtant sur le bout des doigts, à lui apporter plus de focus sur moi, et d’auto-contrôle quant à son environnement.

De plus, Kazu tirait la tronche. Elle semblait malheureuse, même en notre présence, et zonait constamment dans la maison, malgré toutes les activités physiques que nous lui offrions. Incapable de se poser, j’en avais finalement conclu que c’était dû à sa race (croisé terrier/husky) et qu’il fallait s’y faire

Némo quant à lui continuait d’être apeurée avec les autres chiens, les humains et à sur-réagir à son environnement. De fait j’entrais dans un cercle vicieux, où j’ai d’abord commencé par vivre dans un véritable bunker, volets constamment fermés, pour finir par accepter le fait qu’il aboie constamment.

Enfin il refusait quasiment toutes formes de renforcement que je lui proposais. Il se fichait des jouets et de la nourriture et comprenait parfaitement qu’il n’avait qu’une humaine en carton en face de lui. Car je ne savais guère faire face à ce genre de situation, un peu plus complexe que celles que j’avais eu l’habitude de lire sur Facebook. Là aussi, le constat était rapide : mon chien n’aimait tout simplement pas jouer et était très difficile en terme de nourriture.

Le truc, c’est que je refusais de m’ouvrir à d’autres manières d’envisager l’éducation canine. Et ce, simplement parce qu’elles me demandaient un investissement supérieur à celui auquel j’avais été habitué : la gratuité et la facilité de compréhension (pour peu qu’on sache lire en français).

Trouver des solutions hors de sa zone de confort

J’ai finalement décidé de m’investir. J’ai d’abord continuer à apprendre par le biais de support gratuit, n’ayant pas le loisir de me payer de véritables formations. Cependant, cette première mesure m’obligeait déjà à sortir de ma zone de confort puisque je me tournais vers un contenu pédagogique étranger (anglophone pour être précise). J’étais très très loin d’être bilingue, et les premières semaines de visionnage et de lecture furent houleuses. Mais ces quelques difficultés m’apparurent bien minces face à la mine d’informations que je découvrais. Il s’agissait d’un enseignement bien plus riche que le notre, francophone, dont j’avais déjà consommé toutes les ressources. Riche en quantité, mais aussi en qualité !

Dès lors, une fois les supports gratuits épuisés et ayant profité de ce temps pour mettre un peu d’argent de côté, je me suis offert mes premières formations étrangères et ai pu passer un véritable cap dans mon apprentissage personnel et encore plus avec mes chiens ! Néanmoins certaines prérogatives me paraissaient toujours aussi obscures et je me refusais de les expérimenter, de peur de faire plus de bêtises qu’autre chose.

La pratique nous confronte à la réalité des choses. Cette réalité est rarement celle que l’on aimerait… C’est ici que le compromis, ou encore la remise en question doivent être mis en place avec bon sens. Ces deux concepts ne m’effrayaient pas. Du moins, tant qu’ils ne m’étaient pas adressés. J’encourageais beaucoup de personnes à changer, à voir les choses autrement, mais de mon côté j’acceptais difficilement de revoir ma copie. .

« Le bon sens », encore une expression qui veut tout et rien dire, alors définissons-la : il s’agit de la capacité de juger, sans y mettre d’émotion.

Dans le cadre d’un compromis canin il s’agirait d’opter pour le mi-chemin entre les moyens actuels dont disposent le propriétaire et les besoins « naturels » du chien.

Dans le cadre d’une remise en question, il s’agirait de ne pas rentrer dans un dogme. De ne pas laisser passer tant de choses merveilleuses juste parce que l’on ne s’autorise pas à ouvrir certaines portes, dont nous avons condamnés les entrées de manière catégorique . Pourtant je comprends que l’on cherche à s’accrocher à des discours dogmatiques. Je les comprends d’autant plus que je les ai personnellement trouvés considérablement rassurants pour mon égo, surtout lorsque j’avais des tonnes de personnes autour de moi d’accord avec ce que je disais. Cela nous donne l’illusion d’une confiance en soi, une impression de compter et que ce que l’on fait a du sens.

C’est donc mon dernier chien, Leeroy, qui m’a permis d’entrouvrir la porte que je ne m’autorisais pas à passer. Parce que les autres approches, bien que m’ayant pas mal aidée dans le passé avec mes autres chiens, ne me permettaint pas, cette fois-ci, de solutionner certaines choses, qu’il était pourtant capitale de résoudre, afin que nous puissions tous vivre en harmonie.

Et devinez quoi ? J’ai encore appris des tas de choses. J’ai pu résoudre les problèmes que je rencontrais sans perdre la confiance ni la joie de mon chien. Mieux : j’ai enfin pu commencer à construire un véritable partenariat avec lui et avec mes autres chiens !

Le monde du chien est pluriel, et c’est très bien comme ça

Cela rassurerait tout le monde qu’il n’existe QU’UNE façon de voir et de faire les choses… Or, c’est une vision extrêmement réductrice et simpliste de la complexité du monde du chien.

La réalité des choses, c’est que l’on trouve des chiens et des humains épanouis dans un sacré nombre d’approches différentes.

La réalité des choses, c’est que la science est une épaule merveilleuse sur laquelle se reposer pour établir des approches efficaces mais surtout respectueuses des chiens (exemple : non utilisation de la force ou de l’intimidation).

La réalité des choses, c’est que chaque individu apporte un angle de vue à la totalité des angles de vue.

La réalité des choses, c’est qu’un praticien me conviendra, ou conviendra à mon chien, mais pas à vous.

Mon constat empirique est donc le suivant : beaucoup de chiens vivaient selon des paramètres “non-idéaux” de mon ancienne théorie, mais allaient très bien, tandis que les miens n’étaient pas forcément épanouis alors que je m’efforçais d’appliquer mes vieux principes. Je crois donc que nous gagnerons tous à être confrontés à des situations variées, pour nous créer une expérience réelle, concrète, et non pas basées sur des thèses virtuelles, qui peuvent être d’excellents guides philosophiques, mais qui ne remplacent pas la réalité.

Nous gagnerons en richesse, bienveillance et en sérénité.

Photos : Mary – Inès

4 Commentaires

  1. […] c’est en lâchant prise, en arrêtant de s’accrocher aux vérités qui nous rassurent, et en gardant un oeil neuf, d’obse… que nous pourrons parvenir à nous […]

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  2. […] petit apparté pour vous montrer à quel point il est aujourd’hui, à mon sens, essentiel de porter un regard nouveau sur la […]

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  3. […] solutions nouvelles et différentes. Parfois, cela nous fait un peu peur et ça nous demande de sortir de notre zone de confort, mais les résultats sont parfois salvateurs […]

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  4. […] avec tout un tas de gens plus passionnants les uns que les autres qui ont fini par me mener vers d’autres carrefours […]

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